« Il l'encourage à poursuivre dans son art sans relâche, dans cette quête, pour se réaliser, se révéler à lui-même. C'est là l'enjeu de tout art.
Chacun de nous doit tendre à cela : tâcher d'apparaître à soi-même dans son apothéose »
Les romans nous invitent toujours à entrer dans une vie, fictive, pour en sortir éclairé, ébloui, grandi d'une nouvelle expérience. Mais parfois l'auteur choisit de nous plonger dans la vie d'un artiste, au cœur d'un épisode précis de son parcours. Rémi David resuscite ici Jean Genet, et raconte l'embrasement du jeune acrobate, puis funambule, Abdallah Bentaga. Porté par la poésie du livre le lecteur s'ébahit puis s'effare de l'amour passion qui les aura réuni un temps.
Un bonheur de lecture, Mourir avant que d'apparaître est aussi un bel hommage au sens de l'Art et à toute quête humaine qui s'abreuve à cette source.
Le roman s'ouvre sur les premiers pas d'Abdallah Bentaga dans la vie active. Sa mère, allemande, émigrée en France avec son mari algérien s'est retrouvée seule, sans moyens financiers pour élever son fils. Un matin elle l'offre donc aux soins d'un cirque ambulant. Il sera logé, nourri, et apprendra les acrobaties. Ce garçon sensible, consciencieux, attachant croisera la route de Jean Genet. Une aventure hors du commun nous est alors donnée à lire. La passion, l'art absolu, les voyages, la désertion, les amitiés. Au centre de tout le personnage de Jean Genet, son exigence, son intransigeance, son caractère et son désir de beauté éternellement inassouvi. Le roman donne alors une vision de la Beauté, cette chose indicible qui transforme tout et tend vers la perfection. Mais l'Homme qui a goûté au plus relevé des mets dans cette cuisine de la vie, peut-il supporter la chute, la descente vers une existence plate, quelconque ? Dans le destin d'Abdallah, c'est peut-être cela que nous lirons.
Le roman, naturellement, est parsemé de la poésie de Jean Genet. Après tout, c'est son texte Le funambule (paru et récemment réédité dans la collection L'Arbalète de Gallimard) qui offre à Rémi David le suc de l'histoire. Écrit au printemps 1957 il est dédié à Abdallah le funambule, et amant de Genet. Le titre du roman étant extrait de la phrase « Veille de mourir avant que d'apparaître ».
Le récit est porté dans un ordre chronologique, en suivant pas à pas la vie d'Abdallah, à mon sens le personnage principal de l'histoire. Et ce déroulement, le passage du temps bref et ample à la fois, rend le roman poignant.
Écrire l'Art, parler de la vie étincelant en son aboutissement absolu, n'est pas chose facile. Rémi David y parvient à merveille, tout en simplicité. Il nous offre avec Mourir avant que d'apparaître un roman empreint de poésie, qui pourtant se dévore .. et met au jour les indicibles sans en avoir l'air. Très belle découverte de cette rentrée littéraire 2022 ; et un primo-romancier à suivre.
MOURIR AVANT QUE D'APPARAÎTRE
Rémi David
éd. Gallimard 2022
Sélection Prix du Premier Roman 2022
Lauréat Prix Robert Walser 2022
Les illustrations présentées dans l'article sont :
- Photographie d'Abdallah Bentaga,
- Photographie d'Annette et Alberto Gioacomo avec Jean Genet et Abdallah Bentaga.
Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.
Comments
Très envie de le lire surtout pour mieux connaître Jean Genet